1978 05 08 BÖC Pavillon de Paris Billet

En 1978, le Blue Öyster Cult a dépassé le statut de groupe visionnaire, intello et culte qu’il avait acquis avec ses deux premiers albums (textes littéraires abscons, références esthétiques audacieuses, etc.), et a atteint une vraie popularité… en mettant quand même pas mal d’eau dans son vin, ou en tout cas en adoucissant sa musique pour la rendre plus radio-friendly. Mais s’il y a un domaine dans lequel le BÖC est toujours au sommet, c’est sur scène. Pas question pour moi de manquer cette chance d’une première rencontre avec ce groupe qui fut essentiel pour moi cinq ans plus tôt…

C’est donc avec joie que je vois débarquer, après une longue intro orchestrale pompeuse – comme il se doit -, sur la scène de ce Pavillon de Paris si peu hospitalier les cinq héros de la fin de mon adolescence : Eric Bloom en cuir noir, lunettes noires, Buck Dharma en blanc, Allen Lanier toujours classe et les frères Bouchard… euh, en frères Bouchard ! On démarre dans un mode rock’n’roll et pied au plancher, bien comme on aime, avec R.U. Ready 2 Rock : c’est la face la moins heavy du groupe, et tout de suite on se dit, malgré le son approximatif, comme toujours, du Pavillon de Paris, que la voix d’Eric Bloom est magnifique, et que la guitare de Buck Dharma crache vraiment des flammes : « I only live to be born again ! ». Lanier joue du piano dans la plus fière tradition rock’n’roll des origines : le final du morceau avec son incantation est parfait pour préparer l’explosion finale, claviers et guitare électrique dans un décollage à la verticale époustouflant ! Et là… je n’en crois pas mes oreilles : ce riff forcené, ces guitares volcaniques, oui… non… c’est… Kick Out the Jams ! Le Blue Öyster Cult, frénétique héritier du MC5, ce n’est pas la première chose qui vienne à l’esprit, mais pourquoi pas ? Quelle entame de set ! Le BÖC, plus commercial ou non, rocke !

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E.T.I. entame ensuite la visite des grands classiques du BÖC : les deux guitares électriques de Lanier et Buck Dharma déchaînent les passions sur ce riff d’enfer, et Bloom est impérial en maître de cérémonie. La rythmique à la fois bondissante et puissante des Bouchard Bros lance le premier grand solo épique de Buck Dharma... « On your feet and on your knees ! » : c’est Harvester of Eyes, de leur meilleur album, "Secret Treaties"… J’adore, et même si c’est là une chanson (un peu) moins spectaculaire, les deux guitares à l’unisson mettent le feu au Pavillon de Paris.

« Raise your can of beer on high / And seal your fate forever / Our best years have past us by… » : chœur d’alcooliques ? Et ce d’autant que toutes les voix ne sont pas des plus justes… Non ! C’est Golden Age of Leather, joli morceau à tiroirs, symbolisant le virage moins dur, plus mélodique du groupe sur le dernier album en date, "Spectres". C’est cette fois Buck Dharma qui chante, et, bon, il faut bien avouer que le guitariste prodige n’est pas un chanteur de la trempe de Bloom, sans parler du fait que les harmonies vocales façon Beach Boys ou CSN&Y laissent fortement à désirer… Même si j’aime beaucoup cette chanson, avec ses envols lyriques, ce ne sera pas le meilleur moment du set, malheureusement.

Premier (et seul ?) morceau (plus) calme, mon préféré, le magnifique Astronomy, dans une version qui approchera à mon avis les dix minutes : à partir du moment où Buck Dharma attaque son sublime solo au milieu du morceau, on est en pleine extase, tout simplement. Les lasers accompagnent l’incroyable envol final de cette chanson tout simplement parfaite. Pour moi, et je sais que ça en énerve plus d’un quand je dis ça, je donne dix Stairway to Heaven pour cet Astronomy-là !

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ME 262 signe un retour, toujours bienvenu, au rock’n’roll : Bloom brandit sa guitare en forme de signe du Cronos, sur ce titre qui, parmi d’autres, avait valu au groupe des critiques idéologiques assez déplacées (les membres du groupe étant tous ou presque juifs, les accuser d’apologie du nazisme était quand même assez audacieux !). 

Hot Rails to Hell est une chanson importante pour moi, c’est avec elle, sur l’album "Tyranny & Mutation", le premier que j’ai écouté du groupe, en 1973, que j’ai décidé que ce groupe était pour moi : encore accélérée, et malgré des vocaux parfois approximatifs, c’est une absolue tuerie !

 

« Now ! Godzilaaaaaaaaaaaaa ! », et c’est parti pour un bon quart d’heure de grand spectacle, sur ce toit nouveau classique du répertoire, qui prend immédiatement l’allure d’une démonstration de force : riff lourd, imprécations en japonais, solos furieux de Buck Dharma, et… solo de batterie interminable, malheureusement. Et on enchaîne avec des gargouillis électroniques assez ridicules… Je m’ennuie, je m’ennuie, j’ai un peu honte de le dire, mais c’est là le moment où je me dis que mon BÖC chéri fait partie des groupes de Rock « d’avant », d’avant l’explosion punk. Passons…

This ain’t the Summer of Love, qui devrait en toute logique résulter dans un véritable passage de la salle au lance-flammes, bénéficie du chant de Joe Bouchard, mais souffre d’un inutile et interminable solo du bassiste,… qui débouche sur le tour de force – désormais rituel - du groupe brandissant 4 guitares (oui, Albert est sorti de derrière sa batterie pour rejoindre ses collègues…) plus une basse, alignées sur le devant de la scène et jouant à l’unisson.

Born to be Wild, c’est bien beau, mais ça sent la fin du set : le BÖC s’est tellement approprié le classique de Steppenwolf qu’on a l’impression d’en avoir oublié la version originale. La manière dont le BÖC la joue est à la fois très fidèle dans l’esprit, mais suffisamment modernisée pour qu’elle soit encore plus percutante. Les machines à fumée s’en donnent à cœur joie, et on est noyés dans la brume, ce qui permet, sur le final de la chanson, de rallumer les lasers. Bloom et Dharma frottent leurs manches de guitare dans ce rituel assourdissant qui est devenu l’une des marques du groupe sur scène. Tout le monde fait « ohoh ohohoh » en brandissant le poing, bien sûr, des petits feux d’artifice explosent, c’est fini !

Mais heureusement, il y a le rappel, et le rappel, c’est évidemment l’immense tube, l’immortel (Don’t Fear) the Reaper. Rien à redire cette fois, les vocaux sophistiqués passent bien, ou alors c’est peut-être bien le fait que tout le monde dans la salle chante en même temps qui fait qu’on ne fait plus trop attention. Dernière démonstration de virtuosité de Buck Dharma, derniers riffs killers, et cette fois, on quitte ce groupe exceptionnel, alliant compositions brillantes, brio technique et intensité émotionnelle. Le groupe qui m’aura fait, pour la première fois de ma vie, aimer le heavy metal.

A revoir, très, très vite, car tant de plaisir, de sensation de plénitude pour le spectateur, c’est loin d’être courant, je le sais déjà, même si cela fait relativement peu de temps que je fréquente les concerts…

 

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Les musiciens du BÖC sur scène :

Donald Buck Dharma Roeser (guitare, chant)

Eric Bloom (chant)

Allen Lanier (claviers, guitare rythmique, chœurs)

Joe Bouchard (basse, chœurs)

Albert Bouchard (batterie, percussions, chœurs).

 

La setlist du concert du BÖC

R.U. Ready 2 Rock (Spectres – 1977)

Kick Out the Jams (MC5 cover)

E.T.I. (Extra Terrestrial Intelligence) (Agents of Fortune – 1976)

Harvester of Eyes (Secret Treaties – 1974)

Cities on Flame With Rock and Roll (Blue Öyster Cult – 1972)

Golden Age of Leather (Spectres – 1977)

Astronomy (Secret Treaties – 1974)

ME 262 (Secret Treaties – 1974)

Hot Rails to Hell (Tyranny and Mutation – 1973)

Godzilla (Spectres – 1977)

This Ain't the Summer of Love (Agents of Fortune – 1976)

5 Guitars

Born to Be Wild (Mars Bonfire cover)

Encore:

(Don't Fear) The Reaper (Agents of Fortune – 1976)

Les photos illustrant cette chronique ont été prises dans d'autres dates de la même tournée.