1981_11_Bernard_Lavilliers_Palais_des_Sports_Billet« En une soirée, Lavilliers est devenu pour moi « l’homme que j’aime haïr »… Et pourtant, moi qui n’écoute presque jamais de « rock français », et encore moins de « chanteurs français », il m’avait semblé que le bougre avait un certain talent sur ces (assez bons) disques. La question est : comment a-t-il pu réussir de manière aussi imparable à gâcher tout le capital sympathie que j’avais pour lui, aussi rapidement, et sans espoir de retour, sur une scène ?

C’est en fait assez simple, même si c’est assez stupéfiant : basse démagogie, frime honteuse (on se souviendra longtemps de son « J’ai bien connu Bob Marley, c’était un ami, d’ailleurs c’est lui qui m’a donné ce bracelet… », ou, plus tard : « la drogue, il faut savoir quoi prendre et comment en prendre », faisant sans doute référence à ces grandes expériences shamaniques en Amérique Latine !), manque de talent scénique absolu (c’est bien vrai qu’il est boxeur et non danseur, facile de s’en apercevoir…), nullité musicale mal cachée par le professionnalisme de son groupe de requins de studio pas concernés par la musique qu’ils jouent et le gros sons…

 

1981 11 Bernard Lavilliers 01Oui, c’est bien vrai, et j’ai pris cette évidence comme une bonne claque : Lavilliers, derrière les guitares qui rugissent et le blouson de cuir, ce n’est pas du rock, c’est de la variét’ la plus pure ! Et derrière le credo « je prends mon sac à dos et je traverse l’Amérique latine à pied », c’est du franchouillard de chez franchouillard ! Bon, l’honnêteté m’oblige à reconnaître que la plupart des gens autour de moi ont « a-do-ré » le show de « Bernard », la « prestance » (sic) du bonhomme, le « gros son » à l’américaine. L’homme est clairement vraiment populaire désormais, puisqu’il n’aligne pas moins de 10 dates successives dans ce Palais des Sports… C’était donc clairement moi qui n’étais pas à ma place ce soir, je sais : pourtant, il me semblait qu’il y a avait dans certains passages de « O Gringo » la possibilité de faire naître une vraie émotion… mais ce n’était pas le but, ce soir, clairement…

 

1981 11 Bernard Lavilliers 02Bref, je suis ressorti du Palais des Sports, qui est quand même un lieu assez peu accueillant, assez mort, une sorte de lieu d’abattage des spectacles, avec l’impression d’avoir tout juste réchappé à quelque chose de terriblement dégradant de bêtise et de laideur… Et à peu près certain que je ne pourrai jamais plus réécouter une note de musique, une phrase écrite par ce gros clown grotesque.

A la trappe, Bernard ! Pauvre France… »

Note : Les photos sont de Jean-Pierre ... Merci à lui !