1976 12 06 VDGG La Mutualité Paris Billet

Ça va être la seconde fois ce soir que je vais voir mon groupe préféré de ces deux dernières années, Van der Graaf Generator. Préféré, parce que même si j’ai – et heureusement, il faut en convenir – décroché du rock progressif qui s’est, d’une manière générale, tristement englué dans la virtuosité et la prétention, la réapparition de VDGG avec l’immense “Goldbluff”, suivi de très près (quelle créativité en moins de deux ans !) par le bouleversant “Still Life”, puis par le tout nouveau “World Record”, a placé le groupe très, très haut sur la liste des musiques les plus excitantes de cette année.

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Je découvre pour l’occasion la salle de la Mutualité, bien agréable ma foi, tant par sa situation près du Quartier Latin que par son confort, qui nous change des grands halls froids. Des conditions parfaites pour écouter Peter Hammill et son groupe d’enragés...

Cela fait à peu près un an que j’ai vu pour la première fois VDGG sur scène, à la Bourse du Travail de Lyon, et même si deux nouveaux albums ont été publiés depuis, fondamentalement on est dans la même ambiance, puisqu’il y a une grande cohérence entre ces disques qui constituent une sorte de trilogie… même si dernier fait la part belle à la guitare électrique, ce qui est une nouveauté dans la musique du groupe.

La set list mélange allègrement les titres du “nouveau VDGG”, avant de revenir sur quelques extraits saisissants d’un passé, qui était certes plus progressif mais ne manquait pas non plus de violence (ah, Killer !)… Le son me semble meilleur que la dernière fois, mais est loin d’être parfait, l’interprétation est parfois un peu erratique, mais cela ajoute une spontanéité bienvenue aux titres complexes du groupe… De toute façon, même si David Jackson nous amuse et nous impressionne en jouant de deux saxos à la fois, c’est quand même sur Peter Hammill que tous les regards sont fixés. Hammill qui s’est donc récemment mis à la guitare électrique – et qui n’est pas encore un virtuose, c’est sûr – mais qui reste le chanteur le plus impressionnant qu’on puisse voir. Il tonne, il rugit, il crée des tensions inédites, il nous emporte dans des courses éperdues, il nous fait basculer dans des abîmes d’horreur. Je connais pas mal de gens qui ont du mal à supporter cet organe pour le moins excessif, mais moi – comme tous ceux qui m’entourent ce soir à la Mutualité, visiblement – je suis absolument emporté par la rage et la douleur qui explosent dans la gorge de Mister Hammill.

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Je crois que l’un des plus beaux souvenirs que je garderai de cette soirée est la version dantesque de Still Life, qui est l’un des morceaux les plus intimistes du VDGG de 1976 mais offre aussi l’un des plus sublimes dérapages de Hammill vers la violence et la folie : dans une Mutualité totalement recueillie quand Hammill entame le morceau avec une solennité pétrifiante (« When all History is reduced to the syllables of our names, nothing can ever be the same… »), cette véritable cathédrale sonore se construit peu à peu (« Arrival at immunity from all age, all fear and all end… »), touchant au sublime avant de s’enfler dans une danse macabre martelée par les fûts de Guy Evans et menée par le saxo ivre de Jackson (« So you take away the threat of death and all you’re left with is a round of make-believe »). Jusqu’à se diluer dans une terreur abjecte digne des pires nouvelles d’Edgar Allan Poe : « But now the nuptial bed is made / The dowry has been paid / The toothless, haggard features of eternity / Now welcome me between the sheets / To couple with her withered body - my wife… / Hers forever / Hers forever / Hers forever / In still life... ». Hallucinant ! Terrassant ! Lorsque l’orgue de Banton s’éteint enfin, un hurlement s’élève de la foule. Oui, il s’agit bien là d’un sommet asphyxiant dans l’œuvre de VDGG, mais aussi l’une de leurs chansons qui fait le plus parfaitement le pont entre la complexité d’antan et la noirceur tourmentée d’aujourd’hui.

Au final, je ne saurais dire si ce concert était meilleur que celui de l’an dernier, j’ai sans doute été moins “surpris”, mais il a en tous cas consolidé ma “foi” en ce groupe hors du commun, avec son leader charismatique.

Alors, on prend déjà rendez-vous pour leur prochain passage à Paris !

 

Les photos du concert proviennent du site du groupe : http://www.vandergraafgenerator.co.uk/

 

Les musiciens de Van Der Graaf Generator sur scène :

Peter Hammill : chant, guitare, piano

Hugh Banton : claviers

Guy Evans : batterie, percussions

David Jackson : saxophone, flûte

 

La setlist du concert de Van Der Graaf Generator :

The Undercover Man (Godbluff – 1975)

Arrow (Godbluff – 1975)

When She Comes (World Record – 1976)

Masks (World Record – 1976)

Still Life (Still Life – 1976)

Lemmings (Pawn Hearts – 1971)

Meurglys III, the Songwriter's Guild (World Record – 1976)

Gog (Peter Hammill song)

The Sleepwalkers (Godbluff – 1975)

Killer (H to He, Who Am the Only One – 1970)

Man-Erg (Pawn Hearts – 1971)                                                                                                                

Darkness (11/11) (The Least We Can Do Is to Wave to Each Other – 1970)