1982_11_Moon_Martin_Eldorado_Billet« Durant 3 ans, Moon Martin, avec sa tronche de Woody Allen, a été le prototype de héros rock’n’rollien à usage des rock critics français et branchés : ex-camionneur, ex-musicien de rockabilly, compositeur de mélodies imbattables, mais surtout de ce qu’on appelle des « standards » (le genre de morceaux qui passent automatiquement à la postérité… enfin qui passeraient automatiquement à la postérité dans un monde parfait, parce que, malheureusement…). L’incroyable pureté de son style (une voix et une production d’une naïveté renversante) et la classe de son jeu de guitare en font une sorte de Hergé du rock (la ligne claire, quoââ…). Manque de bol, Moon Martin en a eu marre des succès d’estime, et a rajouté une bonne louche d’électronique dans son dernier disque « Mystery Ticket », se discréditant pour toujours !

…Heureusement, ce que nous découvrons ce soir à l’Eldorado (le concert était originellement programmé au Pavillon de Baltard, mais a été vite rapatrié dans un lieu aux dimensions plus raisonnables…), c’est que sur scène, Moon Martin – même habillé comme l’as de pique pour faire « garçon moderne des années 80 » -, ça reste un rocker pur et dur, et n’a aucun mal à couvrir suffisamment les clapotis du synthétiseur avec sa seule voix et sa superbe guitare : et, Moon Martin, sur scène, les amis, eh bien ça déménage sec !!!

1982_11_Moon_Martin_Eldorado_02Au sortir de ce set trop court, de une heure à peine, mais destiné à vivre éternellement dans nos mémoires (ah, Bootleg Women ! Ah, Cadillac Walk ! Ah, Bad Case of Loving You ! Ah… etc.), nous tous étions prêts à lui renouveler les yeux fermés notre bail de confiance… Mais en regardant autour de nous dans la salle, nous aperçûmes bien peu des rock critics qui avaient naguère porté Moon au pinacle, avant de le débiner ! Too bad ! C’est un univers impitoyable que celui du rock’n’roll, baby, même si on a le « Cadillac Walk »… 

Photos de Philippe M.